A Dakar, de la trace scientifique à l’enquête transfrontalière
Une empreinte digitale, une trace biologique ou une donnée de localisation peut faire progresser une enquête. Mais comment exploiter ces éléments et coopérer lorsque les investigations dépassent les frontières ?
Du 4 au 6 mai 2026, un atelier régional BEPI organisé à Dakar a consacré ses échanges à la police technique et scientifique et aux techniques spéciales d’enquête.
Face à une criminalité de plus en plus complexe, les professionnels de la justice doivent connaître les outils susceptibles d’éclairer les affaires qu’ils traitent. Pour les magistrats, cette connaissance permet de mieux orienter les investigations, de dialoguer avec les enquêteurs et d’apprécier les éléments recueillis.
L’atelier de Dakar répondait à cet enjeu en associant deux domaines complémentaires : l’analyse scientifique des traces et les techniques spéciales d’enquête. Avec un fil conducteur : mieux mobiliser ces moyens dans les affaires nécessitant une coopération judiciaire internationale.
Faire parler les traces, en comprendre la portée
Dans le cadre de l’atelier, Ababacar Sadikh LO, chef de division de la police technique et scientifique, explique comment les traces recueillies sur une scène d’infraction peuvent contribuer à identifier une personne. Une empreinte digitale, de la salive, un mégot de cigarette ou du sang peuvent ainsi faire l’objet d’une analyse en laboratoire.
Ces exemples montrent l’intérêt de la police scientifique pour les investigations. Ils rappellent aussi l’importance de chaque étape, du prélèvement à l’interprétation des résultats.
L’atelier insistait sur la préservation des traces, leur traçabilité et la conservation des scellés. L’objectif était d’aider les magistrats à comprendre la portée d’une analyse, ses limites et les précautions nécessaires à son utilisation judiciaire.
Élargir les moyens d’investigation
Les techniques spéciales d’enquête constituent un autre moyen de recueillir des éléments dans les affaires complexes. Dans son intervention, le procureur de la République près le tribunal de première instance de Cotonou, Tidjani SERPOS, évoque notamment les balises GPS et les interceptions de communications. Il souligne leur intérêt pour recueillir des éléments permettant d’apprécier l’implication éventuelle des personnes mises en cause.
Stéfane CAMACHO, de la sûreté territoriale de Haute Seine, cite également la géolocalisation en temps réel et l’infiltration parmi les techniques utilisées.
La formation visait à mieux faire connaître ces outils et leurs conditions d’emploi, elle rappelait que leur utilisation doit s’inscrire dans le cadre légal applicable, avec les autorisations et les contrôles requis, dans le respect des principes de nécessité et de proportionnalité.
Apprendre par la pratique et l’échange
L’approche participative de l’atelier s’est traduite par des cas pratiques inspirés de situations réelles. En travaillant en groupe, les participants ont appliqué les connaissances acquises, confronté leurs expériences nationales et réfléchi ensemble aux meilleures stratégies de coopération judiciaire.
Ces exercices ont renforcé une conviction partagée : aucun pays ne peut lutter seul contre la cybercriminalité. La rapidité des échanges d’information et la confiance entre autorités judiciaires sont des leviers essentiels.
Quand l’enquête dépasse les frontières
Au-delà des outils techniques, le témoignage de la juge d’instruction Awa Diop met en lumière l’importance de la coopération entre Etats : « Nous avons besoin d’une coopération pour pouvoir donner une réponse pertinente à ces formes de criminalité.»
Elle souligne notamment l’intérêt de l’équipe commune d’enquête pour répondre à cette dimension transfrontalière.
L’atelier a permis un exercice sur la mise en place d’une telle équipe, afin d’examiner les modalités de coopération et les difficultés procédurales possibles.
Cette réflexion rejoint l’ambition régionale de BEPI, qui accompagne six pays partenaires : le Bénin, la Côte d’Ivoire, la Guinée, la Mauritanie, le Sénégal et le Tchad. Partager les expériences et renforcer les relations entre praticiens doit faciliter la mobilisation des mécanismes d’entraide pénale.
A Dakar, les échanges ont ainsi relié les méthodes d’investigation à un enjeu commun, mieux exploiter les éléments recueillis et mieux travailler ensemble lorsqu’une affaire dépasse le cadre national.