Genre & entraide pénale internationale : un levier clé contre les violences invisibles

Le projet BEPI franchit une nouvelle étape avec le lancement de son activité dédiée au genre et à la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG). Un enjeu stratégique : faire de l’entraide pénale internationale un outil concret pour lutter contre des violences souvent invisibles, mais profondément transnationales.

Pour porter cette dynamique, le projet accueille une nouvelle experte thématique, Chanin Meledje, qui nous éclaire sur les défis et leviers d’action.

1. Pourquoi intégrer le genre dans l’entraide pénale internationale ?

Les violences basées sur le genre ne s’arrêtent pas aux frontières : traite des êtres humains, violences sexuelles, mariages forcés, sextorsion… ces infractions circulent, s’organisent et se dissimulent à l’échelle régionale et internationale.

Intégrer une approche genre dans les mécanismes d’entraide pénale permet de :

  • mieux comprendre la nature de ces crimes, qui ciblent prioritairement des personnes vulnérables,
  • éviter l’impunité face à des auteurs mobiles,
  • rendre visibles des phénomènes encore trop souvent ignorés.

En conclusion, une réponse judiciaire efficace passe nécessairement par une coopération internationale sensible au genre.

2. Pourquoi ces violences restent-elles encore invisibles ?

Malgré des cadres juridiques en évolution, les VBG restent largement sous-documentées.En cause :

  • une sous-déclaration à tous les niveaux (plainte, enquête, procédure),
  • une normalisation sociale de certaines violences,
  • des obstacles d’accès à la justice, renforcés en contexte transfrontalier.

Résultat : des victimes qui ne parlent pas, des faits mal qualifiés… et des dossiers d’entraide qui passent à côté de la dimension genre.

3. Où retrouve-t-on concrètement cette dimension genre ?

Plus souvent qu’on ne le pense, les affaires internationales intègrent une dimension genre dans de nombreux cas :

  • Traite des êtres humains : réseaux transnationaux exploitant des jeunes femmes d’Afrique de l’Ouest,
  • Exploitation sexuelle & sextorsion : notamment sur les routes migratoires,
  • Mariages forcés et mutilations génitales féminines : contournement des lois via des passages de frontières,
  • Cybercriminalité genrée : sextorsion en ligne opérée par des réseaux organisés

Ces réalités illustrent une évidence : la coopération judiciaire internationale est indispensable pour agir efficacement.

Ce que les acteurs peuvent changer concrètement

Trois priorités structurent l’action à venir :

1. Mieux identifier et documenter les VBG

Former les acteurs judiciaires, intégrer des indicateurs genre dans les dossiers, améliorer la qualification des faits.

2. Renforcer la coopération justice – société civile

Créer des passerelles entre magistrats et OSC, faciliter le partage d’informations et le signalement sécurisé.

3. Mieux accompagner les survivantes

Garantir un accompagnement juridique, psychosocial et pratique tout au long des procédures, y compris à l’international.

L’objectif : passer d’une approche fragmentée à une réponse coordonnée, humaine et efficace.

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